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L'abolition de l'esclavage, le combat de Victor Schoelcher - et aujourd'hui ?
15 janvier 2005
Victor Schoelcher (1804-1893), a consacré sa vie à faire connaître la condition des esclaves et à obtenir leur libération tant par ses écrits que son action politique. A travers la vie de ce grand républicain, découvre l'histoire de l'abolition de l'esclavage. Mais ce combat a-t-il véritablement abouti de façon définitive et universelle ?
Auteur des textes : Mme Nelly SCHMIDT
2004, déclarée par l'Organisation des Nations Unies Année internationale de commémoration des luttes contre l'esclavage et de son abolition , marque aussi le bicentenaire de l'indépendance de Haïti, et celui de Victor Schoelcher (1804-1893), un homme qui associa sa vie aux grandes transformations sociales et politiques de son siècle, s'impliquant notamment dans la lutte pour les valeurs républicaines.
Victor Schoelcher (1804-1893), sa vie
Victor Schoelcher nait le 22 juillet 1804 à Paris, au sein d'une famille de fabricants de porcelaines d'origine alsacienne.
Adolescent, après de courtes études secondaires, il fréquente les milieux littéraires et artistiques parisiens.
Il voyage, pour l'entreprise familiale, au Mexique via les Etats-Unis et Cuba en 1828-1830 puis devient journaliste et critique artistique. Il s'engage à la même époque dans le mouvement républicain.
Il visite l'Angleterre, l'Irlande, la Hollande, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie en 1833-1834. Il écrit dès 1840Abolition de l'esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés avant de repartir pour les Amériques étudier l'esclavage aux Caraïbes et les résultats de l'émancipation des esclaves dans les colonies anglaises, qui vient d'avoir lieu en 1838. A son retour, il publie deux ouvrages : Des colonies françaises-Abolition immédiate de l'esclavage (en 1842) , et Colonies étrangères et Haïti (en 1843).
En 1844-1845 il voyage en Egypte, en Grèce, en Turquie toujours pour étudier l'esclavage et de la condition des captifs puis au Sénégal et en Gambie (1847-1848).
Lors de la Révolution de 1848 Schoelcher occupe les fonctions de sous-secrétaire d'Etat auprès de François Arago, ministre de la Marine du gouvernement provisoire. Il préside la Commission dans les colonies françaises qui prépare les décrets abolitionnistes du 27 avril. Il peut ainsi mettre en application le projet de réforme coloniale qu'il élabore depuis 1840.
Il milite par ailleurs pour la construction du régime républicain en France, pour l'application du suffrage universel et pour l'abolition de la peine de mort, pour la reconnaissance des droits civiques des femmes et pour l'élaboration d'un droit des enfants.
Représentant du peuple élu en Martinique (1848) et en Guadeloupe (1849-1850), où le schoelcherisme devient un mouvement politique.
Après la prise de pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte, il est contraint à l'exil à Londres où il se lie avec Victor Hugo. Il refuse l'amnistie accordée aux proscrits par Napoléon III et continue à travailler sur l'esclavage et le régime de Second Empire. Il devient un spécialiste incontesté de l'oeuvre du compositeur Georg Friedrich Händel dont il constitue une collection de manuscrits inestimable (Vie de Haendel).
Il ne rentre à Paris qu'en 1870, il est nommé colonel d'artillerie de la Garde nationale pendant la guerre franco-allemande et vice-président de la commission des barricades pour la défense de Paris. Partisan de la conciliation sous la Commune il est réélu en 1871 comme parlementaire colonial et nommé sénateur inamovible en 1875.
Il poursuit la publication de son oeuvre comportant de nombreux ouvrages sur l'esclavage, la famille, la musique ; il fonde à Paris le journal Le Moniteur des Colonies.
En 1889, son dernier livre est consacré à une Vie de Toussaint Louverture , pour le centenaire de la Révolution française. Il donne à de nombreux organismes ses collections de livres et d'oeuvres d'art, permettant notamment l'ouverture d'un musée à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et d'une bibliothèque à Fort-de-France (Martinique) qui portent son nom.
Schoelcher meurt à Houilles (Yvelines) le 25 décembre 1893.
Il entre au Panthéon le 20 mai 1949.
Le 19ème siècle, siècle des abolitions : quelques grandes dates
1791 (août) - Une rébellion d'esclaves éclate à Saint-Domingue (alors colonie française).
1793 (août) - Abolition de l'esclavage à Saint-Domingue.
1794 (février)- La Convention l'étend aux autres colonies.
1802 (mai ) - Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage.
Expédition en Guadeloupe où l'ordre colonial est rétabli au prix d'une sévère répression. Expédition à Saint-Domingue - Capture de Toussaint Louverture
1803 - Retrait des troupes françaises de Saint-Domingue.
1804 - Saint-Domingue proclame son indépendance et prend le nom d'Haïti.
1815 - Le Congrès de Vienne engage les nations présentes à réprimer la traite des esclaves.
1830-1833 - Premiers écrits de Schoelcher sur l'esclavage ; il suit de célèbres exemples : Condorcet, Mirabeau, l'abbé Grégoire, William Wilberforce, Thomas Clarkson ou Morenas.
1833-1838 - Vote à Londres de l'Abolition Bill qui prévoit l'abolition sous condition puis une abolition plus radicale.
1836 - Pétition à Paris des "Hommes de couleur".
1839 - La Société antiesclavagiste lance de Londres une campagne européenne.
1840 - Alors que se met en place la commission de Broglie
pour l'examen des questions relatives à l'esclavage et à la condition politique des colonies, Victor Schoelcher poursuit son combat en décrivant minutieusement la condition des esclaves et en s'opposant aux thèses raciales prétendant se donner une base scientifique.
1844-1846 - Pétitions des ouvriers de Paris et de Bissette et de Felice.
1845 - Les lois des 18 et 19 juillet 1845, dites lois Mackau modifient – théoriquement – en profondeur le régime des esclaves. Mais Victor Schoelcher dénonce rapidement leur contournement.
1847 - Il rédige un véritable réquisitoire en deux volumes intitulés Histoire de l'esclavage pendant les deux dernières années. La même année, il rédige pour la Société Française pour l'Abolition de l'Esclavage une longue pétition demandant la suppression immédiate de l'esclavage dans les colonies françaises.
1848 - La révolution éclate en février. Les décrets d'abolition sont signés le 27 avril. L'esclavage est définitivement aboli en France et ses territoires.
1851-1870 Pendant le Second Empire Victor Schoelcher dénonce l'organisation du travail aux colonies qu'il analyse comme un second esclavage.
1884-1885 A la Conférence de Berlin il est affirmé la nécessité d'œuvrer au niveau des pays européens pour l'abolition de la traite et de l'esclavage dans les territoires progressivement conquis et colonisés.
1890 - Conférence antiesclavagiste de Bruxelles qui entend suivre les voies ouvertes par les armées coloniales en Afrique. Servitudes contemporaines
27 millions serait le chiffre de personnes adultes soumises à un esclavage en raison de leur difficulté à rembourser un prêt ; cette forme de servitude est particulièrement répandue en Asie du Sud, en Inde, au Pakistan, en Afrique et en Indonésie, en Amérique du Sud.
La guerre civile, comme au Soudan, entraîne des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants dans l'esclavage. Des enfants sont enrôlés de force comme soldats. Seraient concernés environ 300 000 enfants, âgés de 8 à 17 ans.
Des femmes et des enfants sont utilisés dans les réseaux de prostitution ou le travail domestique au Moyen-Orient et en l'ouest de l'Europe. L'Organisation international du Travail estime aujourd'hui entre 250 à 300 millions le nombre d'enfants âgés de 5 à 14 ans victimes d'une situation de travail forcé.
Le travail des enfants est particulièrement fréquent dans l'agriculture, la domesticité, l'industrie, l'artisanat, pour l'utilisation de machines délicates ou les travaux manuels très faiblement rémunérés. L'emploi d'enfants pour la vente des rues, dans le bâtiment, les briqueteries, les carrières, les mines, la fabrication manuelle d'objets divers est moins connu que leur présence dans les usines de fabrication de balles de base-ball ou de tapis.
Iqbal Masih (1983-1995) enfant pakistanais vendu à quatre ans pour annuler une dette, travaille dans une fabrique de tapis pendant six années. Le président de la ligue contre le travail des enfants réussit à le "libérer" de son atelier ; il devient alors le symbole des enfants au travail. Il voyage dans son pays et le monde pour alerter l'opinion publique. Mais il mourra assassiné en 1995 dans des conditions qui ne seront pas clairement établies.
Pourtant de nombreux textes internationaux existent :
-1926 Convention relative à l'esclavage (Société des Nations ancêtre de l'ONU)
-1930 Convention sur le travail forcé (Bureau international du travail)
-1948 Déclaration des droits de l'Homme dont l'article 4 prévoit : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes
-1949 Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui
-1956 Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage
-1957 Convention sur l'abolition du travail forcé
-1989 Convention des droits de l'enfant
-1998 Qualification de crimes contre l'humanité de la réduction en esclavage dans le statut de la Cour pénale internationale
-1999 Convention 198 de l'Organisation international du travail sur l'interdiction des pires formes de travail des enfants
-2000 Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne Comment les organisations internationales peuvent-elles faire appliquer ces textes protecteurs ?
La Coalition d'Asie du Sud contre la servitude des enfants a lancé en 1997 une Marche mondiale contre le travail des enfants qui a parcouru 80 000 km et traversé 108 pays.
Le programme interculturel initié en 1994 par l'UNESCO intitulé “ La Route de l'Esclave ”, est un projet de recherche et de diffusion d'informations vers les enseignants et leurs élèves sur l'histoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs conséquences.
Une exposition a été réalisée à Paris par Sources d'Europe en collaboration avec le Comité contre l'exclavage moderne en 2001.
La Commission Européenne a opté en 2000 pour des sanctions économiques à l'égard des pays dans lesquels de graves violations des droits de l'homme auront été constatées, notamment le travail des enfants.
Le parlement français a voté en mai 2001 une loi tendant à la qualification de la traite négrière et de l'esclavage comme crimes contre l'humanité.
Quelques mois plus tard, la Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance réunie à Durban (Afrique du Sud) 2001 a reconnu “ l'esclavage et la traite négrière transatlantique comme crime contre l'humanité en tant que sources et effets majeurs du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l'intolérance ”.
Plus d'un siècle après la mort de Victor Schoelcher on voit que son combat doit être poursuivi.
Pour approfondir :
Cette page a été réalisée à partir du dossier complet consultable sur www.senat.fr : Victor Schoelcher (1804-1893) Une vie, un siècle L'esclavage d'hier à aujourd'hui de Mme Nelly Schmidt, auteur de Victor Schoelcher et l'abolition de l'esclavage (Fayard, 1994)
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